Le Walrus Talk de Stephen Huddart, lettre ouverte au premier ministre

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Images : Adjacent Possibilities (œuvres de Carla Lipkin, Jennifer Phelan, Lenka Clayton et Kathryn Pinker)

Vous pouvez voir une vidéo de cet événement ci-dessous (en anglais seulement).

Monsieur le Premier ministre,

Je vous écris de Walrus Talks Social Innovation à Toronto (également connue comme terre ancestrale des peuples Haudenosaunee et Mississaugas of the New Credit) à l’ère de la réconciliation avec les peuples autochtones. La réconciliation, c’est de l’innovation sociale et l’innovation est une valeur autochtone. Comme l’a dit le sénateur Murray Sinclair au Sommet de l’innovation autochtone 2015 : « L’innovation ne se limite pas à créer du nouveau. Cela consiste également à mettre le passé au service du présent pour faire face à notre situation actuelle ».

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Le 25 septembre 2015 a été un jour rempli d’espoir, quand vous vous êtes joint à 150 leaders mondiaux à New York pour proclamer les objectifs des Nations Unies pour le développement durable – le plan d’action mondial en vue de forger un avenir durable et équitable d’ici 2030.

Le monde n’est plus du tout le même aujourd’hui. À l’heure où le besoin de concertation est plus criant que jamais sur des enjeux comme les dérèglements climatiques et la migration internationale, le populisme, le cynisme et la fermeture au monde extérieur ont altéré les priorités politiques de nos plus proches alliés. Devant des défis d’une telle ampleur, le Canada peut offrir du nouveau : sa capacité croissante d’innovation sociale.

Vous savez que l’innovation sociale a pour but de créer une société plus durable et plus inclusive, en changeant les mentalités, les institutions et les systèmes qui sont les nôtres. Dans vos lettres de mandat, vous avez prié plusieurs ministres d’élaborer des stratégies d’innovation sociale.

Dans l’année suivant l’envoi de ces lettres, il y a eu du progrès, mais pas autant que nous l’aurions espéré. Et les praticiens de l’innovation sociale n’ont pas réussi à faire valoir notre point de vue de façon trèsballoons efficace.

Cela me fait penser à un vers de Leonard Cohen,

« The doors of love, they budged an inch, but nothing much has happened since ».

Comme 2030 arrive dans seulement 14 ans, je vous propose quatre grandes idées pour faire avancer les choses.

 

La première est de lancer des défis publics audacieux

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Les défis publics envoient le signal que nous allons tenter quelque chose de grand auquel tout le monde peut participer. L’idée n’est pas nouvelle – en 1714, le gouvernement britannique en a lancé un pour mesurer la longitude.

Et, pour rendre à César ce qui revient à César, votre gouvernement a annoncé qu’il lancera l’an prochain un Défi des villes intelligentes, afin de produire et récompenser des idées d’infrastructures urbaines innovantes et inclusives.

Notre plateforme publique la plus utilisée est de fait mieux connue à l’extérieur du Canada qu’ici même. Grands Défis Canada veut améliorer la santé des mères et des enfants dans le monde en développement; l’objectif est de sauver un million de vies et d’en améliorer 30 à 40 millions de plus d’ici 2030.

Dans l’esprit de la réconciliation, pourquoi ne pas créer un Grand Défi Canada autochtone? Et puis-je suggérer un thème? Comment assurer que chaque enfant autochtone qui y a droit obtienne un bon d’études du Canada, et donc sa juste part du 1,4 milliard $ de fonds non réclamés qui devaient assurer que chaque enfant ait accès à des études postsecondaires?

La deuxième grande idée est de lancer un millier de labs d’innovation sociale

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Les labs d’innovation sociale sont comme des studios de création qui tentent de résoudre des difficultés complexes. Ils approfondissent un enjeu, réunissent divers intervenants et nous permettent de voir les systèmes auxquels nous appartenons afin de créer ensuite – et de tester – des moyens de les améliorer.

Trois exemples :

  1. City Studio réunit des centaines d’étudiants de six universités et collèges qui collaborent avec l’Hôtel de Ville à l’essor du plan d’action de Vancouver pour une ville plus verte.
  2. Toujours en C.-B., InWithForward mène un lab avec trois organismes d’intégration communautaire en vue d’améliorer la vie des personnes ayant une déficience développementale. Ensemble, ils ont créé Kudoz – une entreprise sociale qui offre un catalogue d’expériences gratuites – du bénévolat dans une animalerie à une visite de l’Hôtel de Ville – aux gens qui s’ennuient, qui sont démunis ou sont juste curieux.
  3. Winnipeg Boldness est un lab d’innovation sociale mené par des Autochones. Il a documenté les obstacles qui empêchent les familles à faible revenu d’obtenir des bons d’études du Canada. Cela a incité le maire Bowman à mettre sur pied la Promesse de Winnipeg, par laquelle la ville s’engage à ce que tous les enfants admissibles puissent obtenir un bon d’études. Le service de santé de Winnipeg offre donc de la formation en littéracie financière aux familles à faible revenu et la province songe à réduire le coût du certificat de naissance qui est présentement fixé à 30 $.

Pour collaborer à des défis complexes, il faut passer de la consultation ponctuelle à l’engagement créatif et soutenu. De concert avec des partenaires comme Génération de l’innovation sociale, le Waterloo Institute for Social Innovation and Resilience, MaRS Solutions Lab et Innoweave, nous commençons à lancer des labs avec des fondations, des organismes caritatifs, des universités et des villes de tout le pays. Nous serions ravis que le gouvernement y participe.

 

L’idée numéro 3 : créer des centres de données utiles

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Pour tirer le meilleur parti des défis publics et des labs d’innovation sociale, il faut simplifier la recherche actuelle en un langage accessible à tous. Le bureau du Conseil des ministres du R.-U. y est arrivé grâce à un réseau de neuf centres What Works (Ce qui fonctionne), qui fournit un résumé des connaissances et de ce que l’on ignore sur divers enjeux, comme le vieillissement et le développement économique local.

Cette forme de diffusion de données probantes augmente le soutien public envers le changement. Cela favorise l’innovation des politiques et permet d’utiliser à meilleur escient les fonds publics et ceux des organismes caritatifs. Cela stimule aussi l’investissement privé et l’entrepreneuriat. Et nous n’avons pas besoin de refaire le travail des centres What Works : on peut consulter leurs données partout dans le monde, et nous pourrions offrir le même accès universel aux nôtres.

 

L’idée numéro 4 : créer un organisme de financement des PPPP

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Pour élargir le concept des PPP – des partenariats public-privé qui financent les infrastructures –, un organisme PPPP pourrait y ajouter un quatrième P, la philanthropie. En versant des subventions à des innovations au stade initial, on pourrait créer des conditions propices à l’investissement dans les solutions. De façon unique, la philanthropie peut investir dans un programme et considérer toute perte comme une subvention. Notre secteur possède 60 milliards $ en fonds de dotation. Mais notre principal atout est de tirer parti de la créativité et de l’énergie citoyennes pour résoudre des problèmes complexes.

Un organisme PPPP stimulerait l’innovation dans les services publics et apporterait un nouveau dynamisme au secteur social, renouvelant ainsi les liens qui nous unissent, au moment où l’atteinte des objectifs des Nations Unies pour le développement durable exige la mobilisation de toutes nos énergies.

L’indice d’innovation sociale 2016 de la revue The Economist place le Canada au troisième rang dans le monde, après les É.-U. et le R.-U. Avec ce qui vient d’arriver dans ces deux pays, nous serons bientôt en tête de liste! Plus sérieusement, en ces temps où les difficultés s’aggravent sans cesse, l’innovation sociale nous donne l’occasion de promouvoir la réconciliation, le pluralisme et la prospérité durable.

En conclusion, je vous envoie un texte fondateur en matière d’innovation sociale. Publié il y a dix ans, il est toujours aussi pertinent. Son titre : Getting to Maybe: How the World is Changed. J’espère que nous aurons le plaisir de travailler ensemble à son prochain chapitre.

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Au nom de la communauté de l’innovation sociale du Canada, veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, mes salutations les plus cordiales.

 

Stephen Huddart
Président-directeur général
La fondation de la famille J.W. McConnell


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