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Qu’est-ce que le journalisme de solutions? Entrevue avec David Bornstein

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Cofondateur du réseau américain Solutions Journalism Network et chroniqueur régulier au New York Times, David Bornstein était un invité spécial de la fondation à l’occasion de la retraite qui s’est tenue à l’île Wasan au début de juin sur le thème « Le journalisme du 21e siècle permettra-t-il d’affronter les enjeux du 21e siècle? ».

Le texte ci-dessous est une transcription révisée d’une entrevue avec David Bornstein, au cours de laquelle il explique certaines idées à la base du journalisme de solutions et donne quelques exemples de réussite dans le domaine aux États-Unis et au Canada.

Quelle est la différence entre le journalisme et le journalisme de solutions ??

BORNSTEIN: En gros, le journalisme aide la société à corriger ses erreurs en aidant les gens à comprendre la nature des lacunes. Selon la théorie du changement, il est nécessaire de connaître, d’éclairer les coins sombres de la société, ainsi que de sensibiliser les gens à ce qui se passe et, s’il le faut, de susciter de leur indignation.

SOJU

[…] Aujourd’hui, beaucoup d’institutions sont à réinventer, […] parce qu’elles ont été établies au 19e ou au 20e siècle et ne sont pas adaptées aux enjeux du 21e siècle pour diverses raisons, par exemple en raison des limites de la capacité de la planète à pourvoir à nos besoins, du réchauffement climatique et de l’accélération fulgurante du changement.

Le rôle du journalisme n’est pas seulement de faire le ménage au sein des vieilles institutions, mais aussi d’aider les gens à comprendre les connaissances que nous devons acquérir, au 21e siècle, dans ce monde en constante évolution, pour améliorer ces institutions ou pour en créer de nouvelles. Les connaissances requises ne consistent donc pas seulement à savoir quels sont les problèmes, mais aussi à savoir quelles sont les idées émergentes, où trouvez ces connaissances et d’où émergent les nouveaux modèles.

 

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Intégrer les poissons et les fruits de mer au mouvement de l’alimentation durable et locale

Susanna Fuller_Blog Author_FR Justin Cantafio_Blog Author_FRBillet d’invité écrit par Justin Cantafio, campagniste pour les pêcheries durables, et Susanna Fuller, coordonnatrice de la conservation marine au Centre d’action écologique.

Les préférences et les habitudes d’achat des consommateurs peuvent jouer un rôle fondamental dans le développement des systèmes alimentaires. Au cours des vingt dernières années, on a pu observer deux tendances qui s’écartaient l’une de l’autre en matière de consommation. D’un côté, notre société sur demande cherche des aliments commodes et facilement reconnaissables alors que des consommateurs judicieux se fient à des certifications émises par des tiers et des étiquettes écologiques pour les renseigner sur les déclarations au sujet de la santé et la durabilité. De l’autre, les consommateurs se tournent de plus en plus vers la nourriture pour ralentir leur rythme de vie et tisser des liens avec leur famille, leurs amis, leur communauté et les gens qui produisent leur nourriture.

Heureusement, la tendance vers des aliments entiers provenant directement des producteurs commence à influer sur l’envie d’aliments rapides et commodes. Graduellement, les habitudes que l’on a d’abord vues dans les marchés fermiers et les restaurants affichant un menu local au tableau noir prennent racine dans les établissements et les supermarchés. Les deux tendances ont donc amené les consommateurs à se questionner davantage sur la provenance de leur nourriture et la manière dont celle-ci a été produite, même si on remarque souvent une dégradation des valeurs sur le marché mondial des marchandises qui domine les magasins à grande surface, les fournisseurs de gamme complète de produits et les chaînes de restaurants.

Deux jeunes pêcheurs travaillent avec une fascine, une ancienne méthode de pêche à faible impact, dans la baie de Fundy en Nouvelle-Écosse

Deux jeunes pêcheurs travaillent avec une fascine, une ancienne méthode de pêche à faible impact, dans la baie de Fundy en Nouvelle-Écosse

L’alimentation durable gagne en popularité, de l’assiette en argenterie au cabaret d’hôpital. Mais alors que dans les cafétérias des universités et des écoles primaires, on proclame fièrement que le menu inclut de la volaille locale ou de la laitue biologique, plus souvent qu’autrement, hormis l’appellation « Prise du jour », un poisson reste un poisson, et une source de protéines sauvage que nous tenons pour acquis comme étant un luxe.

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Des villes en pleine transformation

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Article d’invité par Gorka Espiau, Directeur des places et des affaires internationales, The Young Foundation. Cet article a été publié initialement sur le site web d’Amplifier Montréal website. Il est publié ici avec leur permission.

Les zones urbaines donnent lieu à des initiatives innovantes et créatives, mais elles présentent également un concentré de problèmes sociaux : chômage, pauvreté, pollution, mobilité sociale, etc. Ces problèmes dits « pernicieux » – en raison de leur ancrage profond, de leur complexité et de leur interdépendance – sont trop souvent abordés dans une perspective fragmentée et à court terme.

Malheureusement, les interventions traditionnelles tentent généralement de régler le symptôme du problème et non sa cause structurelle. Or, pour résoudre ces problèmes, il faut adopter une série d’interventions ciblées et interreliées, qui favoriseront une transformation globale à grande échelle. Une résolution de problème réussie tient toujours compte du fait que les défis auxquels nous sommes confrontés sont trop complexes et interdépendants pour répondre à une approche technique d’« exécution de projet ».

De plus, les villes sont des foyers naturels d’entretien des inégalités. La classe des plus fortunés, la classe moyenne comprimée et la classe grandissante des personnes défavorisées se retrouvent en cohabitation étroite. Dans ce contexte, bon nombre de dirigeants souhaitent instaurer des mouvements de réforme pouvant donner lieu à des innovations sociales avant-gardistes qui s’attaquent aux causes structurelles et institutionnelles de l’inégalité

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Pour ce faire, il faut mettre sur pied des interventions interreliées visant à générer un véritable mouvement de transformation à l’échelle municipale et régionale. Ces projets deviennent des outils nécessaires au « mouvement de transformation », toujours dans une perspective vaste et englobante.

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Aller de pire en mieux grâce à trois seuils

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L’autre jour, quelqu’un m’a dit que tout allait de mieux en mieux, de pire en pire et de plus en plus vite. La vie ne semble plus simplement continuer comme avant. Même les entreprises de restauration rapide intègrent des objectifs de durabilité à leurs activités. Les marchés local et biologique connaissent une croissance rapide. Des études de consommation indiquent que les consommateurs du Brésil et de la Chine se préoccupent davantage d’une production alimentaire durable que ceux du Canada, des États-Unis et de l’Europe.

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Il est possible de trouver des aliments de qualité sur les marchés spécialisés et le marché dominant, mais le sol et les engrais continuent de tuer la vie marine à l’échelle de la planète, là où les rivières rencontrent les océans. Des petits agriculteurs doivent augmenter leur production ou aller s’installer en ville. Les aquifères disparaissent sous certaines des régions agricoles les plus fertiles au monde.

Ceux qu’on appelle les bonnes âmes tentent de comprendre qui sont les héros et les vilains dans cette histoire, mais les rôles ne sont plus définis de manière si évidente. J’habite une petite ferme où nous gardons les légumes au frais grâce à des climatiseurs installés sur les murs de chambres froides dans la grange. Ce sont des chevaux qui labourent nos champs, néanmoins, l’empreinte carbonique des légumes demeure élevée, à cause des climatiseurs, mais aussi parce que les clients viennent en voiture jusqu’à la ferme les jours de cueillette.

J’aimerais que le bœuf d’animaux nourris à l’herbe soit BEAUCOUP mieux que le bœuf d’animaux en parc d’engraissement, mais la science n’est pas claire à ce sujet.

 

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Ce Que J’ai Appris Des Boursières D’ABSI Connect

Billet de blogue de Kelsey Spitz, associée principale, SiG. Paru à l’origine dans ABSI Connect le 22 avril 2016, cet article est reproduit ici avec la permission de l’auteure.

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Il est temps de faire un bref retour en arrière. J’ai eu pendant huit mois le privilège d’être administratrice et conseillère des boursières d’ABSI Connect.

Ma fonction habituelle est d’être associée principale au bureau national de Génération de l’innovation sociale (SiG), à Toronto. Plusieurs s’étonnent que mes collègues et moi-même soyons les principaux responsables de l’administration des boursières. C’est simple : avec sa portée nationale, SiG a été une plateforme d’appui active et enthousiaste dès les débuts d’ABSI Connect. C’était un projet expérimental lancé en période de bouleversements, axé sur un concept qui ne fait pas l’unanimité. Son intérêt pour l’émergence, l’écoute profonde et la création de liens correspondait tout à fait au type d’approche susceptible de stimuler le changement transformateur, selon notre expérience. Nous avons donc été ravis d’apporter notre aide au projet.

Même si l’administration se faisait à Toronto, ABSI Connect était de l’Alberta, sur l’Alberta, pour l’Alberta et mené par des Albertains. Les boursières ont dirigé le projet avec patience, détermination, humilité, réflexion profonde, passion et esprit critique, saisissant leurs fonctions à bras le corps : pensée systémique, création de ponts et de ressources, travail d’intermédiaires et renforcement des capacités.

Leur travail collaboratif a forgé le récit de l’innovation sociale en Alberta, tel qu’il leur a été conté, avec ses schémas culturels propres à stimuler ou freiner la collectivité, et le désir commun d’aller de l’avant, ensemble, de façon purement albertaine. On voit toute la richesse de leurs découvertes dans le document The Future of Social Innovation 2016, dont vous pouvez aussi lire un résumé ici.

Voici ce que j’ai appris des boursières d’ABSI Connect…

L’Alberta est radicale

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Une politique alimentaire nationale et l’avenir de l’alimentation

 

J’écris ce billet de blogue dans un avion, alors que je viens juste de terminer le dernier documentaire de Michael Moore, Where to Invade Next. Moore conclut son œuvre en évoquant la chute du mur de Berlin en 1989, lorsque des gens se sont munis de marteaux et de ciseaux pour briser la structure de béton devenue désuète. Selon moi, le système alimentaire de la prochaine génération de Canadiens sera aussi différent de celui d’aujourd’hui qu’est l’Allemagne de la chancelière Angela Merkel du pays dans lequel elle a grandi.

Twenty years ago, on November 9, 1989, jubilant crowds celebrated the opening of border crossings along the Berlin Wall. To find out more about the Berlin Wall, please visit www.Germany.info/withoutwalls. Copyright: Press and Information Office of the Federal Government of Germany. (PRNewsFoto/German Embassy Washington, DC)

On peut dire que les consommateurs, surtout les jeunes, ne font plus confiance à notre système alimentaire, un peu comme les Allemands de l’Est ne croient plus au mensonge soviétique. De nombreux signes portent à croire que l’alimentation de l’avenir sera plus locale, diversifiée, décentralisée, durable et biologique. En réalité, le système local connaît déjà une forte croissance en marge du système dominant, et ce, malgré un contexte politique axé depuis des décennies sur une production industrielle où l’on mesure la réussite par la croissance des exportations. La politique gouvernementale est de plus en plus déconnectée par rapport à la manière dont un nombre croissant de gens abordent l’alimentation. Ces derniers se préoccupent des répercussions sur la santé d’une surutilisation d’antibiotique et de pesticides. La disparition d’espèces entières (abeilles, monarques, thon) ainsi que les risques liés à des formes extrêmes de manipulation génétique (biologie synthétique, poisson GM) leur font peur. Ils ne font plus confiance aux produits de l’industrie alimentaire et de l’agriculture industrielle. Ils sont inquiets quant au droit des travailleurs, des agriculteurs et des pêcheurs de gagner décemment leur vie tout en cultivant la nourriture dont nous avons besoin pour survivre. Enfin, lorsqu’on leur donne le choix, comme dans le cas de la récente controverse entourant le ketchup French, ils optent sans hésitation pour des aliments locaux.

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Cela pourrait-il être une affaire de pratique?

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« Il se produit des avancées quand les gens apprennent à s’arrêter pour examiner leurs présomptions. » – Peter Senge

Plus tôt cette année, nous avons partagé une liste de pratiques quotidiennes en voie de prototypage (voir ici). Le concept de pratique quotidienne vient de deux sources : la recherche sur les noyaux de pratique, présentée par Dennis Embry et ses collègues, ainsi qu’un sondage. Au printemps 2015, WellAhead a posé deux questions à plus de 1400 personnes : « Que fait votre école pour appuyer le bien-être social et affectif des élèves? » et « Que faites-VOUS pour appuyer le bien-être social et affectif des élèves? ». Les pratiques quotidiennes sont un moyen de formuler et de saisir les réponses à la deuxième question – tout ce que nous faisons chaque jour pour appuyer nos enfants et nos jeunes.

Voici un aperçu de ce qu’on nous dit au sujet du concept des pratiques quotidiennes en lien avec le système plus vaste du travail réalisé dans les écoles :

Miser sur ce qui existe déjà

Prendre le temps de réfléchir à nos pratiques et de les examiner est un bon moyen de valoriser, de respecter et d’apprécier ce que chacun d’entre nous peut faire pour changer les choses dans la vie de nos enfants et nos jeunes. Les pratiques quotidiennes prototypées cette année en C.-B. sont seulement des exemples de dizaines et de centaines de pratiques quotidiennes déjà appliquées dans toute la province par diverses personnes – enseignants, parents, éducateurs, administrateurs, infirmières, élèves, intervenants auprès des Autochtones, chauffeurs d’autobus, travailleurs du SCFP et personnel de services après l’école. (suite…)

S’alimenter de façon responsable; un défi à relever quotidiennement pour demain!

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Guest blog by Florence Lefebvre St-Arnaud, Owner, Campanipol Family Farm 

L’alimentation : thématique centrale de notre vie contemporaine et de nos enjeux prioritaires à nous, producteurs agricoles. Le système alimentaire semble vouloir tendre vers un retour à la valorisation des produits du terroir, de la qualité et de la traçabilité des produits, et de la ferme familiale. Néanmoins, il me semble aussi que ce dit système se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.

En tant que productrice dont l’exploitation est certifiée biologique depuis près de 30 ans maintenant, il va sans dire que je souhaite que notre système alimentaire soit de plus en plus axé sur l’innovation et la mise en valeur de nos richesses locales. Je souhaite plus que tout que les actions qu’ont entreprises les générations qui nous ont précédés puissent continuer d’évoluer et de faire changer la vision que nous avons, en tant que société, de notre agriculture et de notre alimentation en général. Que ce soit par le biais d’initiatives de mise en marché collective, par la valorisation de petites exploitations spécialisées dans des productions de niche, ou par la mise en valeur et la mise à disposition d’informations sur l’agriculture urbaine et l’autosuffisance, je persiste à croire que nous devrions travailler pour avoir en main le plus de moyens possible, en tant que collectivité, pour nous permettre de nous alimenter de façon responsable…

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De la rareté à l’abondance : notre histoire

Article d’invité par Mike Morrice, directeur exécutif, Sustainability CoLab, Chad Park, directeur exécutif, The Natural Step and Elizabeth Sheehan, présidente, Climate Smart Business

Au tournant du siècle dernier, Henry Ford, un des grands innovateurs américains, a dit ceci : « Se réunir est un début, rester ensemble est un progrès, travailler ensemble est une réussite ». Cela est encore vrai plus de 100 ans plus tard et exprime bien l’esprit de collaboration que La fondation nous a proposé l’automne dernier.

Se réunir

Au début de l’année 2014, The Natural Step, Climate Smart et Sustainability CoLab, tous soutenus par La fondation de la famille J.W. McConnell, travaillaient dans différentes régions du pays et sur des solutions différentes. Ils avaient toutefois quelque chose d’important en commun : ils optimisaient des projets pour amener des entreprises à passer à une économie à faibles émissions de carbone.

À cette époque, les trois organismes se connaissaient, mais ne visaient pas la collaboration. Cette réalité, combinée à la rareté des ressources, ouvrait la voie à une concurrence future possible entre eux.

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La fondation posa alors un geste de leadership qui arriva au moment parfait : l’offre aux trois organismes d’une petite subvention de collaboration. Il n’y avait qu’une condition : utiliser l’argent pour une priorité commune.

Plutôt que tenter de protéger les similarités entre nos solutions, nous pouvions désormais, en tant que leader de chaque organisme, voir celles-ci comme des occasions. Nous pouvions viser des gains partagés dans nos travaux, après nous être engagés à développer notre compréhension commune.

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Lire l’avenir dans un verre de lait

Article d’invité par Isabelle Mailhot-Leduc, Coordinatrice, Systèmes alimentaires durables, Université Concordia 

Alors que j’écoute la radio d’une oreille en me préparant à souper, mon attention s’arrête soudain sur les paroles du reporter. Je monte le volume de la radio. On parle de cette manifestation qui a eu lieu plus tôt dans la journée devant une grande usine de transformation laitière à Montréal. Une cinquantaine de producteurs laitiers s’y sont réunis pour dénoncer l’utilisation du lait diafiltré provenant des États-Unis dans la fabrication industrielle de produits laitiers. Le lait diafiltré est un produit qui a été filtré à plusieurs reprises pour obtenir un liquide ultra protéiné. On peut aussi le retrouver sous forme de poudre. À la frontière, le lait diafiltré est considéré comme un ingrédient, et échappe ainsi aux tarifs douaniers imposés au lait. Les grands transformateurs se réjouissent de cette situation, car le lait diafiltré leur permet de faire des économies. Il n’y a pas que son prix qui soit compétitif. Vu sa haute teneur en protéine, il est aussi plus performant que le lait québécois pour la production industrielle de yaourts et de fromages. Mes pensées s’arrêtent sur cette expression: du lait plus « performant ».

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