Articles avec le tag ‘Systèmes alimentaires durables’

Lire l’avenir dans un verre de lait

Article d’invité par Isabelle Mailhot-Leduc, Coordinatrice, Systèmes alimentaires durables, Université Concordia 

Alors que j’écoute la radio d’une oreille en me préparant à souper, mon attention s’arrête soudain sur les paroles du reporter. Je monte le volume de la radio. On parle de cette manifestation qui a eu lieu plus tôt dans la journée devant une grande usine de transformation laitière à Montréal. Une cinquantaine de producteurs laitiers s’y sont réunis pour dénoncer l’utilisation du lait diafiltré provenant des États-Unis dans la fabrication industrielle de produits laitiers. Le lait diafiltré est un produit qui a été filtré à plusieurs reprises pour obtenir un liquide ultra protéiné. On peut aussi le retrouver sous forme de poudre. À la frontière, le lait diafiltré est considéré comme un ingrédient, et échappe ainsi aux tarifs douaniers imposés au lait. Les grands transformateurs se réjouissent de cette situation, car le lait diafiltré leur permet de faire des économies. Il n’y a pas que son prix qui soit compétitif. Vu sa haute teneur en protéine, il est aussi plus performant que le lait québécois pour la production industrielle de yaourts et de fromages. Mes pensées s’arrêtent sur cette expression: du lait plus « performant ».

Cheese

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La technologie – un retour vers l’avenir du poisson

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eric enno tamm_This fishArticle d’invité par Eric Enno Tamm, directeur général, ThisFish

L’industrie des pêches est le plus ancien de nos systèmes alimentaires. C’est vraiment le dernier vestige de notre société de cueilleurs-chasseurs, précédant de centaines de milliers d’années la civilisation humaine (et l’agriculture). La pêche d’espèces sauvages est notre plus importante source de protéines non domestiquées – la diète paléolithique originale. La technologie et le caractère industriel de la pêche ont sans doute changé au fil des siècles, mais la quête de poisson dans les mers indomptées remonte très loin dans le temps.

Quel est donc l’avenir de cette antique quête? La révolution des technologies de l’information et l’évolution de l’attitude et du comportement des consommateurs offrent la possibilité de renverser une bonne partie des excès de la pêche industrielle du dernier demi-siècle. Les problèmes sont maintenant bien trop flagrants.

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Consommateurs, entreprises, ONG et gouvernements exigent plus de transparence et de responsabilisation dans les chaînes d’approvisionnement – pour prévenir la pêche illégale, les produits de la mer frauduleux et les violations des droits de la personne. Après avoir testé l’ADN de 1200 échantillons de produits de la mer aux É.-U., les artisans de la campagne Oceana ont démontré que 30 % de certaines espèces étaient mal étiquetés. Des enquêtes récentes ont dévoilé des récits choquants d’esclavage en mer dans le secteur des pêches en Asie du Sud. Et des universitaires estiment que 20 à 32 % des produits de la mer sauvages importés aux É.-U. sont récoltés de façon illégale. (suite…)

L’avenir de l’alimentation : du personnel au mondial

 

Hand with wheat grains

Ruth Richardson_FRArticle d’invité par Ruth Richardson, directrice générale de l’Alliance mondiale pour l’avenir de l’alimentation

Nous avons un rapport intime avec l’alimentation : elle cimente nos familles et rassemble la collectivité en plus de nous nourrir. Les aliments sont aussi des marchandises, avec la production et le commerce d’envergure mondiale au carrefour des enjeux les plus pressants auxquels se bute l’espèce humaine — changements climatiques, pauvreté, santé publique, déplacements de population. Nos systèmes alimentaires et agricoles sont incroyablement résilients et diversifiés. Et pourtant, ils sont aussi fragmentés et trop souvent, non durables : la production alimentaire épuise de plus en plus nos ressources naturelles, tous n’ont pas accès à des aliments sains et nutritifs, et nos marchés mondiaux appauvrissent les économies locales plutôt que les bâtir.

L’Alliance mondiale pour l’avenir de l’alimentation nous réunit pour étudier ces enjeux d’importance cruciale. À titre d’alliance stratégique de fondations, nous voulons mettre nos ressources en commun afin d’élaborer des cadres de changement susceptibles d’accélérer collectivement la transition vers de nouveaux systèmes alimentaires garants de la durabilité, la sécurité et l’équité en alimentation, à l’opposé des systèmes marqués par la faim, la pollution, la rareté de l’eau et le déclin des cultures alimentaires.

Water and Sanitation

Pour y arriver, il faut se pencher sur l’économie de l’alimentation et plaider pour une comptabilité alimentaire équitable et transparente. En appuyant des projets tels que Food Tank et la TEEB pour l’agriculture et l’alimentation, nous voulons mettre en lumière les distorsions économiques des systèmes alimentaires. Nous élaborons pour cela des cadres qui tiennent compte à la fois des éléments positifs (piégeage du carbone, services de pollinisation, santé) et négatifs (émissions de CO2, diabète, exposition des travailleurs agricoles aux toxines, acidification des océans) des « coûts externes » de la production, la distribution et la consommation d’aliments dans les systèmes mondiaux. Comme l’a déclaré SAR le prince de Galles dans son discours célèbre sur l’avenir de l’alimentation, ce qu’il nous faut, c’est « … quelque chose de très simple… qui nous permet d’inclure dans le résultat net les coûts réels de la production alimentaire… c’est plus nécessaire que jamais. »

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L’avenir de l’alimentation : préserver la diversité pour assurer la résilience

Bob Wildfong_FR Jane Rabinowisz_FRArticle d’invité par by Jane Rabinowicz, directrice de l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada et Bob Wildfong, directeur général de Semences du patrimoine Canada

L’avenir de l’alimentation sera dicté par des modèles climatiques et météorologiques différents de tout ce que les agriculteurs ont connu jusqu’ici – et dorénavant inévitables. Les changements climatiques vont varier selon la région géographique, mais toutes les régions connaîtront des températures non seulement plus chaudes, mais aussi plus variables et plus imprévisibles

Tout le monde a remarqué que les orages d’été semblent plus fréquents, plus violents et plus difficiles à prévoir. Les agriculteurs notent une variation plus importante des dates du premier et du dernier gel, qui dictent la durée de la saison de culture. Des sécheresses et des inondations inopinées font fluctuer le prix des aliments. Ce ne sont pas que des signes précurseurs, ce sont de vraies difficultés qui menacent un système agricole fondé sur le postulat industriel de la prévisibilité des conditions.

La plupart des déserts se situent dans deux bandes de chaque côté de l’équateur, où des courants atmosphériques tirent l’eau du sol. Le réchauffement de la planète entraîne un renforcement de ces courants, ce qui va étendre les déserts et détruire des terres agricoles. L’énorme perte de sol arable et de sources d’eau pourrait provoquer la migration en masse de populations des pays tropicaux, en regard de laquelle la crise actuelle des réfugiés – et les crises passées – fait figure de simple répétition générale pour les désastres à venir.

 

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En Amérique du Nord, nous verrons sans doute les déserts du sud des É.-U. empiéter sur les régions agricoles, ainsi que des conditions de sécheresse permanente dans les zones adjacentes comme la Californie. Les étés plus chauds réduiront d’autant que 10 % la production de blé dans le nord des É.-U. et du Canada. Malgré un réchauffement des températures moyennes, nous ne profiterons pas forcément de l’allongement des saisons de culture, en raison de fluctuations plus rapides des températures minimales et maximales.

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Retour vers le futur : rééquilibrer nos systèmes alimentaires.

Par Andrew Heintzman, PDG et cofondateur d’InvestEco, blogueur invité.

De grands changements ont eu lieu au cours de la dernière moitié du XXe siècle dans le système alimentaire nord-américain. Citons notamment une tendance à une agriculture à grande échelle faisant un usage important de produits chimiques, une production de masse de la plupart des aliments, une diminution de la diversité génétique des cultures et une augmentation constante des aliments hautement transformés. Si ces changements ont certes permis d’améliorer l’efficacité de notre production alimentaire et de diminuer le coût des calories, ils l’ont cependant fait au détriment de la santé humaine, de l’équilibre écologique, du bien être des animaux, de la qualité des sols, des emplois en milieu rural et d’autres aspects sociaux et environnementaux.

Je pense que la prochaine génération sera témoin du retour du pendule et s’emploiera à rééquilibrer un système alimentaire qui est allé trop loin, trop vite.

 

Cette inversion de la tendance se distinguera en partie par un retour à des pratiques qui étaient plus courantes dans les générations antérieures. On notera entre autres : une production à plus petite échelle d’aliments spécialisés; plus d’aliments produits en pâturage et cultivés au moyen de techniques agricoles empruntées au passé; l’occasion pour les petits agriculteurs de produire des cultures de plus grande valeur; une plus grande importance accordée à l’équilibre écologique dans les exploitations agricoles; une moins grande dépendance aux produits chimiques dans les pratiques agricoles; une plus grande diversité génétique dans nos cultures.

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Investir dans la sécurité alimentaire : possibilités offertes aux investisseurs canadiens

Veuillez noter que ce blogue a été initialement poster sur le site web de Responsible Investment Association (RIA).

Article d’invité par Peter Chapman, directeur général, SHARE

Systèmes alimentaires durables au Canada: un rôle pour les investisseurs a été publié par l’organisme Shareholder Association for Research & Education (SHARE), un chef de file de l’investissement responsable au Canada. Le financement du rapport a été assuré par des fondations philanthropiques canadiennes, dont la Fondation de la famille J.W. McConnell. 

Plants de maïs desséchés au Nebraska. Source : AP.

Quand je vois par la fenêtre les derniers légumes rustiques couverts de givre dans mon potager, les forces à l’œuvre sont évidentes : le froid et le manque d’heures de clarté. Mais pour les investisseurs institutionnels, il est moins évident de voir les risques et les possibilités liés à nos systèmes alimentaires – ou le lien entre le rendement du capital investi et la résilience, la viabilité et l’accessibilité des systèmes alimentaires. Pour nous aider à mieux saisir ces enjeux, l’Association des actionnaires pour la recherche et l’éducation vient de produire un rapport, Systèmes alimentaires durables au Canada : un rôle pour les investisseurs.

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